Du vin dans les Hauts-de-France

Terre de grès, La Cour de Bérénice, le vignoble du Haut-Escaut, la ferme de Roy, Les Vins Audacieux. Ces noms de domaines viticoles ne vous évoquent peut-être rien. Amateurs de vins, cela ne saurait tarder ! Depuis 8 ans, ce sont près d’une centaine d’hommes et de femmes qui ont décidé de planter de la vigne dans les Hauts-de-France, et qui construisent les prémices du vignoble de la région, qui un jour figurera sur nos cartes.
Cuvées 2023 et 2024 Vignoble du Haut-Escaut

Il était une fois… du vin dans les Hauts-de-France

Il y a bien longtemps, on pouvait se balader dans des vignobles du nord de la France. En effet, jusqu’au XVIe siècle, cette ère géographique était une région viticole. Laon était même connue pour être la « capitale du vin » au XIIe siècle (Roger Dion) ! Les guerres, les épidémies, le développement de la viticulture chez les Belges et les Hollandais ainsi que le développement des routes commerciales ont eu raison de cette culture, à l’exception du sud de l’Aisne, partie intégrante de l’appellation Champagne.

L’Union européenne a ensuite fixé des droits de plantation, interdisant au territoire correspondant à l’actuelle région des Hauts-de-France de planter de la vigne à but commercial. Il faudra attendre la révision de la réglementation en 2016, pour que cette interdiction soit levée, et permette à ceux qui le souhaitent de faire une demande auprès de FranceAgriMer.

Les vannes sont ouvertes ! Plusieurs agriculteurs tentent alors l’aventure.

Quelques chiffres pour planter le vignoble

Le vignoble des Hauts-de-France s’étend aujourd’hui sur une centaine d’hectares, dont 35 à 40ha appartiennent à des vignerons indépendants, sans prendre en compte le vignoble champenois dans l’Aisne. L’encépagement est à 99% blanc, avec une grande majorité de chardonnay (9 pieds plantés sur 10).

Ce dernier est un cépage qui s’adapte à différents climats, et qui est bien connu des consommateurs, et donc rassurant. On retrouve également du pinot noir et du pinot meunier, et une dizaine d’autres cépages plus minoritaires.

Quelques chiffres pour planter le vignoble

Le vignoble des Hauts-de-France s’étend aujourd’hui sur une centaine d’hectares, dont 35 à 40ha appartiennent à des vignerons indépendants, sans prendre en compte le vignoble champenois dans l’Aisne. L’encépagement est à 99% blanc, avec une grande majorité de chardonnay (9 pieds plantés sur 10).

Ce dernier est un cépage qui s’adapte à différents climats, et qui est bien connu des consommateurs, et donc rassurant. On retrouve également du pinot noir et du pinot meunier, et une dizaine d’autres cépages plus minoritaires.

Grappe de chardonnay - Crédit Vignoble du Haut-Escaut
Grappe de chardonnay - Crédit : Vignoble du Haut-Escaut

Comparé à d’autres régions, très peu sont encore les vignerons qui se lancent uniquement dans le vin. En effet, dans la région, 99% des vignes sont des vignes de diversification. Il s’agit pour les agriculteurs de valoriser autrement une partie de leurs terres, souvent plus pauvres et moins propices aux grandes cultures.

Au bourgeonnement : le chai et les indépendants

Dès 2017, deux types d’exploitation se distinguent. Il y a d’un côté les agriculteurs qui souhaitent rejoindre le collectif Chai 130, créé à l’initiative de Ternoveo, une entreprise de négoce agricole. L’objectif : accompagner les agriculteurs qui souhaitent planter de la vigne et fédérer un collectif de 130 “ch’tis vignerons jardiniers” dans la région. Une fois vendangés, les raisins des différents vignobles sont ensuite amenés au chai pour être vinifiés, embouteillés et commercialisés sous le nom des 130.

De l’autre côté, il y a les indépendants, qui représentent aujourd’hui quasiment un tiers du vignoble. Il s’agit de passionnés qui souhaitent aller “de la grappe de raisin au verre de vin” (Antoine Vanholebeke), c’est-à-dire cultiver la vigne et vendre le vin, en passant par la vinification. C’est aussi une philosophie différente, avec une volonté de privilégier “la qualité avant tout”. En septembre dernier, une dizaine d’indépendants se sont rassemblés dans l’association des Vignerons des Hauts-de-France.

Dégustation d'un vin en élevage dans un fût de chêne
Dégustation d'un vin en élevage dans un fût de chêne

À cet effet, nous sommes allés à la rencontre d’Antoine Vanholebeke, responsable communication de l’association et vigneron du Vignoble du Haut Escaut.

Antoine Vanholebeke avec ses cuvée 2023 (Les Alouettes) et 2024

Détour par les vignobles indépendants des Hauts-de-France

Situé à Bantouzelle, dans le Cambrésis, Antoine Vanholebeke (Vignoble du Haut-Escaut) a choisi de faire son vin, dont la première cuvée Les Alouettes a vu le jour en 2023. Désireux de faire des vins atypiques et nouveaux, il s’essaie à plusieurs cépages (chardonnay, pinot noir, pinot gris, floréal), différentes techniques de taille, mais également de vinification (cuve inox, céramique, fût de chêne). Comme il le précise, les vignerons indépendants ont dû construire leur projet de A à Z sans forcément avoir d’experts pour les conseiller, comme le terroir des Hauts-de-France est encore peu connu. Mais certains experts œno-viticole ont senti le potentiel, à l’image d’Elie Talaga, fondateur de l’entreprise Photosynterre, pionnière en conseil agro-œnologique dans la région.

Le terroir se dévoile petit à petit, et son existence se diffuse à mesure que les bouteilles sont débouchées dans la région et en France.

 

C’est à cet effet qu’une dizaine d’entre eux ont décidé de se réunir en association en septembre 2024, regroupant près de 33ha de vignes (56ha prévus d’ici peu). À sa tête, Antoine Bouin (Vignoble du Nortbert), accompagné par Martin Bricout (Domaine du Jeune Bois) et Martin Ebersbach (Vignoble des Vœux), tous deux vice-présidents et de Lauriane Carbonnaux (Vignoble Terre de Grès), secrétaire. Le bureau a été pensé pour représenter les différents départements de la région (4 sur 5) et à la fois les vins blancs et les vins en méthode traditionnelle.

Membres de l'association - Crédit: Association des Vignerons indépendants
Membres de l'association - Crédit: Association des Vignerons indépendants

L’objectif de l’association des vignerons des Hauts-de-France : se former ensemble, échanger sur leurs différentes expériences et surtout faire connaître le vin des Hauts-de-France. À plusieurs, il est plus facile de s’organiser pour participer à un événement, organiser une formation ou réaliser des achats groupés et ainsi avancer plus vite. Cependant, l’association n’a aucune vocation à respecter un cahier des charges strict. Chacun est libre de faire du vin comme il le souhaite, avec les cépages et méthodes de vinifications qu’il veut. Le domaine de Montépilloy (vignes non vendangées pour le moment) a notamment fait le pari de ne planter que des cépages résistants. Ces derniers sont des cépages un gène qui permet de résister aux maladies telles que le mildiou ou l’oïdium, permettant ainsi de limiter les intrants. Concernant le vignoble du Haut Escaut, c’est en utilisant des cuves en céramique, peu répandues, que celui-ci compte trouver une belle manière de valoriser le terroir du Cambrésis. Enfin, d’autres s’essaient à la macération pelliculaire (macération des baies écrasées à froid quelques heures avant pressage afin de retirer un maximum d’arôme des peaux), ou à un élevage en fût non ouillé (il s’agit de ne pas “ouiller” le vin, c’est-à-dire de ne combler la part du liquide qui s’évapore dans le fût, afin de laisser le vin développer un léger voile, permettant une oxygénation modérée).

Carte des Vignerons des Hauts-de-France - Crédit : Association des Vignerons des Hauts-de-France

Quels en sont les échos ? Les curieux s’y essaient et sont surpris et séduits ! Le chardonnay 2023 de Laurianne Carbonnaux (Vignoble Terre de Grès) a notamment “bluffé” Dominique Laporte, Meilleur Sommelier de France et Meilleur Ouvrier de France en Sommellerie, lors d’une dégustation à l’aveugle sur la chaîne Octavin. Pour le moment, les productions des vignerons de l’association s’élèvent au total à 167 000 bouteilles (2024), ce qui explique leur rareté et le prix un peu plus élevé que la moyenne.

Le réchauffement climatique et l’échauffement des méninges pour construire une identité viti-vinicole régionale

Si l’on revient quelques pas en arrière, l’interdiction de planter n’est pas l’unique raison du retour de la vigne. Le réchauffement climatique a également joué un rôle important. Alors que la vigne a de plus en plus de mal à vivre et s’épanouir dans les régions plus exposées et plus chaudes, elle trouve son équilibre dans les Hauts-de-France. Et la région n’est pas la seule à l’avoir expérimenté. C’est plus de 3800ha de vignes que l’on retrouve au Royaume-Uni et 800ha en Belgique désormais. Les cartes des vignobles sont amenées à changer ! D’après une étude parue en 2020 dans Proceedings of the National Academy of Sciences, ce serait près de 85% des vignobles actuels qui disparaitraient avec un réchauffement de 4°C. Ce qui nous rappelle par ailleurs que les cartes que nous connaissons ont principalement été élaborées à la suite du phylloxéra et de la mise en place des Appellation d’Origine (AOC, AOP, IGP), ne reflétant alors que le vignoble à un temps donné.

Mais des exploitations viticoles ne suffisent pas pour constituer une région viti-vinicole. Pour exister, il s’agit de se différencier, de mettre en avant des spécificités, que cela soit par l’encépagement ou l’utilisation de nouvelles techniques de vinifications. Le défi des Hauts-de-France est aujourd’hui d’arriver à se différencier dans un paysage viticole français très diversifié. De l’encépagement de nos aïeux au Moyen Âge sur les terres du nord, il ne reste rien. Des traces de cette activité agricole spécifique, à peine plus. La région n’a donc pas de bagages historiques à faire valoir.

La création d’une appellation pourrait apporter de la lumière sur les vins des Hauts-de-France, mais les procédures sont longues et demandent notamment la création d’un ODG (Organisme de Défense et de Gestion) rassemblant des vignerons et la capacité à mettre en avant les spécificités du produit, ainsi que des caractéristiques liées au lieu géographique.

Une opportunité à saisir, une histoire à écrire

Ce manque de ressources peut cependant être un atout de taille ! Non enfermés dans des carcans historiques, les Hauts-de-France ont une opportunité unique d’imaginer et de porter l’identité qu’ils veulent mettre en avant et transmettre.

L’innovation, que cela soit sur le plan agricole avec le choix de l’encépagement et les manières de travailler la vigne, ou sur le plan vinicole, avec les méthodes de vinification et d’élevage, constituent des exemples de leviers de différenciation.

L’utilisation de cépages résistants, les méthodes de taille et de vinification sont autant de leviers actionnables pour révéler le terroir des Hauts-de-France, une région viticole qui risque bien de devenir incontournable d’ici à une vingtaine d’années. Car rien ne sert de se précipiter : il faut laisser du temps au temps. Les Hauts-de-France sont au début de leur (nouvelle) histoire viti-vinicole.

Vendanges dans le vignoble du Haut-Escaut - Crédit: Vignoble du Haut-Escaut

Quelques vignobles dans la région

Terre de grès – Laurianne et Paul-Adrien Carbonnaux – Fresnicourt-le-Dolmen, Pas-de-Calais – Reportage Les Cuillères Audacieuses pour en savoir plus
La Cour de Bérénice – Maximilien & Sarah de Wazières – Terramesnil, Somme
Côteaux de l’Escaut – APEI du Valenciennois – Valenciennes, Nord
Vignoble du Nortbert – Antoine Bouin – Mentque Notbécourt, Pas-de-Calais
Domaine du Jeune Bois – Romain Bricout – Bévillers, Nord
Vignoble des Vœux – Martin Ebersbach – Ailly-sur-Noye, Somme
Vignoble Madeleine et Marcel – Charles-Antoine Simoen – Saint-Jans-Cappel, Nord
Vignoble du Haut Escaut – Antoine Vanholebeke – Bantouzelle, Nord
Les Vins Audacieux – Henri Jammet et Olivier Pucek – Haillicourt, Pas-de-Calais
Vignoble de Montépilloy – Famille Roland – Montépilloy, Oise
La Ferme de Roy – Alexandre Smessaert- Roy-Boissy, Oise
Follemprise – Louis François Hicter – Gouy, Aisne
Les 3 Marquises – Charles-Antoine Alavoine – Le Verguier, Pas-de-Calais
Vignoble du Mont Pourceau – Bruno Cardot et Sébastien Varlet – Moy, Aisne
Nordvitis – Charlotte Humez – Linselles, Nord

Rédactrice : Judith Deck-Schegg