En mars(he), pour un droit à la visibilité des femmes en cuisine
A quoi ressemble un chef ? Encore trop souvent, on associe à ce mot, « chef », un homme blanc hétéro muni d’une toque blanche. Les temps ont changé, et 5 ans après un MeToo balbutiant de la restauration, la visibilité des femmes dans ce milieu n’est toujours pas gagnée. Et la région des Hauts-de-France n’y échappe pas. Seriez-vous capable de nommer 5 femmes cheffes dans la région ?
Alors, qui sont-elles ? Et comment participent-elles à faire rayonner les Hauts-de-France gastronomiquement ?

Une visibilité limitée
Les femmes en cuisine sont bien présentes. Elles représentent 50% des effectifs étudiants dans les lycées hôteliers, 35% des employés de cuisine et 17% des chef.fe.s. Et pourtant, on peine à les voir dans les médias. Pour Estérelle Payany, journaliste et doctorante, il y a véritable problème de représentation. C’est comme si on ne voulait pas les voir. Alors qu’on les retrouve à tous les échelons, du bistrot au restaurant gastronomique étoilé ; de la cuisine à la salle.
Des étoiles à observer au télescope
Être récompensé au guide Michelin reste un graal dans la profession. L’étoile, signe de reconnaissance, constitue un véritable tremplin en termes de visibilité et d’attractivité ! Aujourd’hui, sur les 639 établissements étoilés en France, environ 10% ont une femme à la tête de leurs cuisines. Mais comme mentionné, ce ne sont pas les chef.fe.s qui sont récompensé.e.s, mais bien les établissements. Or, les femmes y occupent bien souvent des rôles stratégiques. Le Michelin, avec son nouveau podcast Oui, Cheffes ! (février 2025), a notamment vocation à mettre la lumière sur ces femmes cheffes, « véritable modèle de la gastronomie et de l’hôtellerie moderne », et sur les nombreux postes d’excellence qu’elles occupent (sommellerie, pâtisserie, hôtellerie, service).
Dans la région Hauts-de-France, sur les 15 établissements étoilés, aucune cuisine n’est tenue par une femme. Mais lorsqu’on passe la tête dans les établissements, il y a Nidta Robert en sommellerie à l’Arborescence ou Camille Pailleau en pâtisserie au Rozó. Mais seul.e.s les chef.fe.s cuisinier.e.s sont autorisé.e.s sur les podiums du Michelin.
Des étoiles à observer au télescope
Être récompensé au guide Michelin reste un graal dans la profession. L’étoile, signe de reconnaissance, constitue un véritable tremplin en termes de visibilité et d’attractivité ! Aujourd’hui, sur les 639 établissements étoilés en France, environ 10% ont une femme à la tête de leurs cuisines. Mais comme mentionné, ce ne sont pas les chef.fe.s qui sont récompensé.e.s, mais bien les établissements. Or, les femmes y occupent bien souvent des rôles stratégiques. Le Michelin, avec son nouveau podcast Oui, Cheffes ! (février 2025), a notamment vocation à mettre la lumière sur ces femmes cheffes, « véritable modèle de la gastronomie et de l’hôtellerie moderne », et sur les nombreux postes d’excellence qu’elles occupent (sommellerie, pâtisserie, hôtellerie, service).
Dans la région Hauts-de-France, sur les 15 établissements étoilés, aucune cuisine n’est tenue par une femme. Mais lorsqu’on passe la tête dans les établissements, il y a Nidta Robert en sommellerie à l’Arborescence ou Camille Pailleau en pâtisserie au Rozó. Mais seul.e.s les chef.fe.s cuisinier.e.s sont autorisé.e.s sur les podiums du Michelin.


La région possède néanmoins une figure méconnue : Annie Desvignes ! A l’Auberge Fleurie (Sars Poteries, Nord), elle obtient avec sa mère une puis deux étoiles qu’elles conserveront jusqu’en 1968, date à laquelle l’établissement est transmis à son frère. Ce qui font d’elles les deux premières femmes doublement étoilés au monde. En 1971, elle rachète La Tour du Roy (Vervins, Aisne) et décroche une étoile au bout de 6 mois qu’elle conservera pendant 30 ans.
Des talents féminins de la région guidés par un mantra : “faire plaisir au client”
Mais il n’y a pas que les étoiles. Elles sont aussi nombreuses à la tête de leur propre restaurant. C’est d’ailleurs une voie qu’elles privilégient de plus en plus, ainsi que le statut de cheffe en itinérance, afin de pouvoir exercer leur métier comme elle le souhaite. L’objectif premier : se faire plaisir et faire plaisir aux clients.



Rien qu’à Lille on peut nommer Florine Verhellen (Bistrot Brigand), Caroline Torrelli et Elodie Boonefaes (Pickles), Clémence Taillandier (Pulpe) récompensée du prix Jeune Talent au Gault et Millau Tour Hauts-de-France 2024, Valentine Giacobbe (Ginko), Elisa Rodriguez (cheffe pâtissière chez Suzanne), Virginie Besengez (Le Meal) à Wambrechies.
Mais elles se distinguent aussi en pâtisserie avec leurs propres boutiques à l’instar de Flore Spanneut (Brune), Iris Rouche avec Germain Decreton et Rayane Rebouh (NEJA Pâtisserie), Ingrid Vanbleu (Oxalis et Bergamote), et Maryse Henneuse et Estelle Croxo (Cerise et Chocolat).
A la tête de cuisine dont elles ne sont pas propriétaires, on peut aussi nommer Sarika Sor (We Are), Laure Kervenoael (Krevette), ou encore Florence Grave (Bloempot).
Dans la région, on peut faire un détour chez Maëllie Poynard (Origine, Gouy-en-Artois), Slava Tcherbak (Fleur de Sel, Comines) récompensée avec le trophée Lady Chef Public en 2024, et Solène Elliott (La Plage, Audresselles).
Un besoin de lumière pour construire une nouvelle image de la gastronomie et faire bouger les choses


Mettre de la lumière sur ces femmes est tout d’abord un signe de reconnaissance mais contribue aussi à changer la représentation que l’on a du « chef ». Changer cette image contribue également à légitimer d’autres manières de faire et de c’est qu’est la gastronomie. Le MeToo dans la restauration n’a pas été aussi fort que dans d’autres milieux, et nombreux sont les problèmes systémiques à souligner et à résoudre.
À cet effet, les initiatives se multiplient pour qu’à niveau équivalent, celles qui sont en cuisine soient considérées au même niveau que leurs homologues masculins. En 2016, Vérane Fédriani réalise le documentaire A la recherche des femmes chefs, puis co-écrira avec Estérelle Payany Cheffes, 500 femmes qui font la différence dans les cuisines de France (2019). Il y 50 ans déjà, dans la région, la cheffe étoilé Annie Desvignes, ne pouvant rejoindre la Société des cuisiniers pour seul motif d’être une femme, décidait de changer les mentalités et co-créait l’Association des Restauratrices Cuisinières (1975), qui permettra aux femmes d’entrer dans les écoles hôtelières.
Aujourd’hui, l’enjeu est de normaliser cette présence et cette mention des femmes dans les articles journalistiques, les médias, les photos à niveau équivalent de compétences et de positionnement, et de le pérenniser pour sortir les femmes de cette éternelle image de « pionnière » en cuisine (Estérelle Payany).
Rédactrice : Judith Deck-Schegg